Le président du Rassemblement national Jordan Bardella, à gauche, avec à sa droite le candidat RN à la mairie de Marseille Franck Allisio, le 6 mars 2025, à Marseille ( AFP / Thibaud MORITZ )
Dans la dernière ligne droite d'élections municipales sans vraie certitude, Jean-Luc Mélenchon s'est posé samedi en rempart contre le RN à Marseille dans une campagne aux allures de préfiguration de la présidentielle, marquée par les doutes à gauche sur les alliances de second tour.
A huit jours du premier tour le 15 mars, ces enjeux trouvent un écho particulier à Marseille, où le candidat RN Franck Allisio est au coude-à-coude avec le maire de gauche sortant, Benoît Payan.
La possibilité d'une victoire du parti lepéniste, si elle est loin d'être acquise, fait de la deuxième ville de France l'une des plus scrutées.
Benoît Payan, à la tête d'une coalition de gauche, a appelé son rival insoumis Sébastien Delogu à éviter ce "séisme" en se désistant pour lui entre les deux tours.
Le fondateur de La France Insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon prononce un discours à Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, le 1er mars 2026 ( AFP / Ed JONES )
"Marseille ne sera pas emportée par la vague brune" et "ce sera grâce à nous", lui a répondu le leader de LFI lors d'un meeting pour soutenir Sébastien Delogu.
Dans une salle comble, Jean-Luc Mélenchon a longuement fustigé l'extrême droite, en particulier Jordan Bardella, venu vendredi lui aussi à Marseille, sur ses positions vis-à-vis de Donald Trump.
"Tel était Pétain, tel est Bardella quand il dit +l'intérêt commercial et stratégique s'impose pour les États-Unis d'Amérique+", a-t-il affirmé, avant de cibler le PS après des semaines de polémiques à répétition qui ont creusé le fossé entre les partis de gauche.
"Nous vous crions alerte, alerte! La ligne du Parti socialiste met tout le monde en grand danger. La gauche, mais la France d'abord", qu'elle "livrerait pour finir à l'extrême droite", a-t-il expliqué.
Le parti à la rose a accusé le leader insoumis d'avoir tenu des "propos antisémites" lorsqu'il a plaisanté sur la prononciation des patronymes juifs "Epstein" et "Glucksmann".
"Qui peut croire qu'il s'agisse de lapsus quand un homme aussi cultivé se met à ironiser sur des noms juifs ?", a dit samedi le patron du PS Olivier Faure au Parisien.
Par ses "outrances" et ses "mensonges", "Jean-Luc Mélenchon donne des arguments" aux adversaires de la gauche, a-t-il ajouté, l'accusant d'avoir franchi "l'inacceptable".
Si ce climat est peu propice aux ententes pour le second tour du 22 mars, les partis n'ont pas fermé la porte. Si un accord national a été écarté par le PS, des arrangements au cas par cas restent envisageables sous conditions.
- Mariages de raison -
Les mariages de raison risquent d'être nécessaires, par exemple à Toulouse où l'union de gauche de François Briançon aura probablement besoin des voix LFI pour gagner. A Lyon, le maire écologiste Grégory Doucet a déjà tendu la main à la gauche radicale, son seul espoir de conserver la ville.
Les Insoumis ont assuré vouloir le "rassemblement" s'ils arrivent en tête, mais ce scénario est peu probable dans la plupart des villes. Evry, La Courneuve et surtout Roubaix sont parmi leurs seuls espoirs de conquête.
Dans cette ville du Nord, un sondage Ifop a confirmé samedi leurs ambitions. Le député LFI David Guiraud y est donné nettement en tête avec 44% au premier tour et favori du second tour quelle que soit la configuration. Roubaix, 98.000 habitants, pourrait donc devenir la plus grande commune gérée par le parti mélenchoniste.
A l'autre bout du spectre, le RN a des objectifs plus élevés et vise des victoires dans plusieurs dizaines de communes qui concrétiseraient sa volonté d'implantation locale. Les sondages lui donnent des raisons d'y croire, notamment à Toulon, Menton ou Carcassonne.
Jordan Bardella, favori des sondages pour 2027, n'a pas lésiné sur les déplacements de campagne.
Mais ces derniers mois ont aussi montré que le parti ne s'est pas entièrement débarrassé des "brebis galeuses" contre lesquelles il dit lutter, plusieurs candidats ayant été épinglés pour des propos racistes ou homophobes.
Jean-Michel Aulas arrive à son premier meeting de campagne après avoir officiellement annoncé sa candidature aux élections municipales, à Lyon, le 26 septembre 2025 ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )
Le camp présidentiel, sans grande présence locale, jouera lui un rôle de figurant. Ses chefs de file nationaux n'ont d'ailleurs presque pas fait campagne.
La course est serrée dans de nombreuses villes, comme à Paris où ce sont les dynamiques d'entre-deux tours qui départageront Emmanuel Grégoire, leader de la gauche hors LFI, et Rachida Dati (LR et MoDem).
Gros enjeu aussi pour l'ex-Premier ministre Edouard Philippe qui a lié son destin national et donc sa candidature pour 2027 à une victoire dans sa ville du Havre. Ou pour Eric Ciotti, qui testera le pouvoir d'attraction de son Union des droites, siamoise du RN, en tentant de détrôner son frère ennemi Christian Estrosi à Nice.

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